Une reconnaissance à la hauteur des mérites de la sécurité privée ? 🎖️

Le secteur de la sécurité privée et de la surveillance humaine (80.10Z) évolue, depuis ces derniers mois, en eaux troubles, marqué notamment par un contexte géopolitique mondial incertain engendrant des tensions intrinsèques au métier.

 

En témoigne la très intéressante enquête sur la protection du patrimoine national et la sécurisation des musées, pour laquelle les avis de Cédric Paulin (Secrétaire général) et Alban Ragani (Vice-président) du GES[1] ont été recueillis le lundi 23 février par la commission des affaires culturelles, conséquemment au cambriolage du musée du Louvre. Ce moment d’échanges a permis de mettre en exergue certaines tensions existantes au sein des métiers de la sécurité privée et de la surveillance humaine.

 

Ainsi, cet article, fruit d’observations et d’analyses réalisées avec le concours des dirigeants et acteurs de la sécurité privée, pose une question essentielle : celle de la reconnaissance du métier.

 

La définition commune de la reconnaissance consiste en un sentiment de redevabilité envers la personne de qui on a reçu un bienfait, un service. Autrement dit, est-ce que la branche professionnelle bénéficie de ce sentiment de ‘redevabilité’ des parties intéressées ? Et plus précisément, de la part des donneurs d’ordre ?

 

Un article d’expert publié en mars 2020 dans la revue professionnelle ‘Protection Sécurité Magazine’ (PSM), faisait déjà le constat d’un manque de reconnaissance de la profession. Politique du moins-disant, manque de valorisation des certifications dans les appels d’offres, exigences accrues des clients : qu’en est-il du juste prix à payer par les donneurs d’ordre ?

 

Les constats établis il y a 6 ans, restent inchangés, le contexte s’est même dégradé. Que craindre si rien ne change à court et moyen terme ?

 

1. La sécurité privée, un contexte tendu

 

La sécurité privée représente en France près de 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires, plus de 200.000 salariés et plus de 5.000 entreprises. C’est un secteur puissant, indispensable pour assurer le continuum de sécurité en France.

 

Cependant, la profession connaît des difficultés majeures, avec notamment une rentabilité qui s’effrite (1,3% de rentabilité), des pratiques concurrentielles déloyales, une réglementation accrue… De nombreux dirigeants et acteurs du secteur tirent la sonnette d’alarme, et ce depuis plusieurs années !

 

Les donneurs d’ordre portent sans nul doute leur part de responsabilité dans ces difficultés. On constate notamment les pratiques et tensions suivantes : 

  • Difficultés de revalorisation tarifaire : hausse de 20% des salaires sur 3 ans Vs. hausse tarifaire de 11% dans le même temps.
  • Valorisation du critère technique insuffisant au regard du critère prix dans les appels d’offres.
  • Pas assez de reconnaissance des certifications qualité sectorielles (QualiSécurité / NF.241).

Ces situations ne font qu’alimenter les pratiques concurrentielles déloyales et l’application de tarifs anormalement bas, ce que ne manque pas de décrire la profession.

 

2. Quelles perspectives et solutions ?

 

En s’organisant, avec les différents acteurs de la branche professionnelle dont les donneurs d’ordres (privés et publics), il est possible d’améliorer la rentabilité du secteur par une meilleure reconnaissance des métiers de la sécurité privée et de la surveillance humaine.

 

Ce changement d’approche, qui conduirait à ne plus seulement ‘acheter’ de la sécurité privée comme une prestation au rabais, permettrait d’actionner plusieurs leviers vertueux profitables pour tous, se traduisant par :

  • Une tarification plus juste des prestations. 
  • Une hausse de la rentabilité économique du secteur. 
  • Une meilleure qualité des prestations délivrées.
  • Un assainissement du marché en évinçant les concurrents déloyaux et trompeurs.

 

Pour s’organiser et faire face à ces enjeux, on peut considérer certaines préconisations issues du livre blanc du GES, comme la garantie financière, l’écartement des offres anormalement basses ou encore la révision de la méthodologie de notation.

 

On peut penser aussi aux certifications qualité, qui constituent aujourd’hui un prérequis important dans l’attribution de nombreux marchés. Il existe aujourd’hui 2 certifications propres au secteur : QualiSécurité et NF.241. Malheureusement, ces certifications deviennent obsolètes (2009 pour l’une, 1998 pour l’autre) et ne répondent plus entièrement aux enjeux ‘métiers’ d’aujourd’hui. 

 

La révision / fusion des certifications qualité sectorielles, ne constitueraient-elles pas une réelle opportunité pour activer ce levier vertueux de la reconnaissance ? Ne serait-ce pas l’occasion de proposer un socle commun de certification, accessible et adapté aux métiers, et surtout reconnu par les donneurs d’ordre ? Il serait pour cela indispensable de susciter la motivation de chacune des parties intéressées pour s’impliquer dans la revalorisation de la démarche.

 

Ainsi, les secteurs de la sécurité privée et de la surveillance humaine font face à des antagonismes : le contexte macroéconomique fait peser sur les épaules de la branche professionnelle de lourdes responsabilités pour assurer le continuum de sécurité, sans disposer toutefois des moyens techniques, financiers et humains pour y répondre. 

 

Une sécurité privée digne de ce nom doit se payer au juste prix, contribuant ainsi à définir les nouveaux contours de la branche professionnelle, faute de quoi le seul critère du prix le moins élevé continuera à desservir toutes les parties prenantes.

 

[1] : Groupement des Entreprises de Sécurité.

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